Qui devient Souffle n’a pas d’autre choix….

Extrait du Pèlerin d’Emeraude, Anonyme

Un soir au bord de mer, autour d’un feu dans les dunes protégé du vent, innomé prit la parole :

« Liberté, vois-tu cet océan, l’esprit de ce monde dans son immensité lui ressemble.  Il baigne et s’infiltre en toute chose, nous sommes en lui et lui est en nous et par une lame de fond, il peut t’emporter en un rien de temps. Si tu n’as pas de sérieuses fondations solidement bâties sur le roc de ton âme, il te fera perdre pied sans que tu ne t’en aperçoives.

Construire sur le roc  qu’est-ce que cela peut bien signifier si ce n’est que d’avoir trouvé cette force intérieure qui te permette de te situer en toute connaissance de cause en tout lieu où rien de ce que tu rencontreras ne pourra faire vaciller le roc.

Mais pour cela  tu dois d’abord quitter le monde des eaux et seule ton âme peut t’aider à te mettre debout afin de sortir de ces eaux d’ici-bas si souvent dangereuses et malfaisantes.

Dans certaines peuplades d’Afrique par exemple, les eaux sont le lieu où reposent et vivent des esprits malfaisants. N’oublie pas ce que je t’ai déjà dit à savoir que  l’eau, l’air et le feu appartiennent au monde des esprits. La terre quant à elle  est ce lieu où vivent les âmes et les esprits à travers les trois fluides.

L’esprit sous la figure de l’eau, dans sa forme destructrice et sournoise, nous renvoie au monde de l’horizontalité dans son manque de verticalité, dans sa non reconnaissance du transcendant et dans sa volonté de masquer ou cacher l’invisible.

Toutefois l’âme libre qui se reconnait sur le plan de l’horizontalité appartient au monde du minéral et évolue libre hors des eaux. Elle construit la vie de l’homme sur le roc, ce roc qu’il devra alors gravir pour se verticaliser.  Tant que l’homme n’identifie pas  et n’accepte son âme, il n’y aura pas de roc possible.

Tant que tu ignores ton âme, tu n’auras pas d’existence véritable et aucune possibilité d’élévation spirituelle ne s’offrira à toi. Semblable à du sable mouvant, telle est l’âme de celui qui s’ignore toujours emprise et malmenée par les eaux de l’inconscience.

Vois-tu maintenant ce feu, il est aussi cette autre face de l’esprit mais cette fois-ci dans sa dimension de purification, d’élévation, ou encore d’effacement. Il traduit, cette fois-ci,  l’esprit dans sa verticalisation.

Dieu ne s’est jamais manifesté dans les eaux, symbole de l’indifférenciation, mais toujours dans le feu  ou dans le souffle, celui capable de séparer les eaux d’en-bas de celles d’en-haut. Quand Dieu recourt à l’Esprit créateur, chaque fois par son feu  ou à travers lui, Il cherche à nous révéler quelque chose de Lui-même dans une rencontre, un face à face. Lorsque son  feu est là indubitablement il nous est annoncé qu’il est besoin d’une purification intérieure ou de se séparer d’une indifférenciation à l’oeuvre.

Si la présence du feu évoque la nécessité d’une transformation ou d’une purification, il demeure ce révélateur de la voie spirituelle qui nous mène à notre élévation. Mais, une fois de plus, pour rencontrer le feu, le préalable nécessaire est de sortir ou quitter le monde des eaux pour enfin oser l’aventurer  vers Soi sur la terre ferme, et ce à pied sec pour aller à la rencontre du feu d’où parle Celui qui Est.

Traditionnellement dès la sortie des eaux vient la rencontre de la première terre : le désert où nous sommes soumis à l’épreuve du feu au terme de laquelle, une fois passés au crible, nous pouvons accéder à cette seconde terre : la montagne, ce roc de l’âme qu’il reste à  gravir.

Si la montée de l’âme vers Dieu est d’un constant dépouillement, c’est  au terme de son escalade qu’une ultime métamorphose peut se produire  témoignant alors de sa parfaite verticalité et horizontalité.

Lorsque ton âme sur le sommet de la montagne aura rejoint le Bien Aimé, tu connaitras la force de l’air sur cette terre, tu deviendras en Lui, par Lui et avec Lui Souffle.

A ton tour tu seras capable aidé du feu de son Esprit de souffler sur les eaux y compris même d’y descendre  ou même d’y marcher. Pour ce qui est de la tempête, tu ne la craindras pas car tu en seras aussi le pacificateur. Comprends-tu  cela ? L’homme qui a accompli le chemin est devenu tel une croix placé au carrefour de l’horizontalité et de la verticalité.

Liberté surpris de cet enseignement, lui demanda de plus amples explications :

« Je perçois ce que tu viens de me dire au sujet du monde des eaux, mais tout de même, l’eau, c’est la vie ? »

« Les hommes, je te l’accorde ont coutume de dire que l’eau : c’est la vie. Mais permets-moi de t’apporter cette nuance. L’eau  n’est que  le support de la vie, il serait erroné de la réduire à la vie. C’est elle qui achemine les informations de la vie en toute chose, mais les informations qu’elle véhicule ne sont fort malheureusement pas toutes porteuses de vie. L’eau est-elle pure en tout point de notre planète ? Loin de là en elle repose la plupart du temps nombre de poisons polluants et toxiques issus de l’activité humaine. Il serait erroné d’envisager le monde de l’eau seulement sous la symbolique de la vie car elle est souvent le lieu de danger, de la destruction et du maléfique.

Dans les eaux de l’esprit, les « requins », les  « pieuvres », les « anguilles »  habitent aussi ce monde. Ils y règnent en maître et sont  dangereux comme  la mort. Certes je te l’accorde sans eau nous ne pouvons pas vivre, mais en cette dimension symbolique là l’eau est loin d’être la détentrice de la Vie. Liberté n’oublie jamais que  le maître de l’esprit des eaux n’en n’est autre que le malin.

Liberté avait encore une question qui lui dévorait les lèvres, et il ne put s’empêcher de la lui poser :

« Je comprends bien ce que tu as dit de l’esprit verticalisé dans sa dimension du feu, mais pourquoi parle-t-on alors du feu des enfers ? »

Innommé devant la vivacité de l’esprit de Liberté alla encore plus loin dans son exposé :

« Après cette vie-ci, qui n’est bien souvent que la résultante de l’œuvre du malin par l’entremise de notre inconscient, vient le temps  au jour de notre mort de quitter ce monde des eaux dans lequel la plupart d’entre nous baignent toujours depuis le jour de leur naissance.

Cette fois-ci si de ton vivant tu n’as pas su faire équipe avec  ton âme et ton esprit propre. Si tu n’as su t’affranchir du monde des eaux, alors tu n’auras pas connu de ton vivant même celui  du minéral, encore moins celui de l’air. Au jour de ta mort lorsque tu quitteras ce monde des eaux que te restera-t-il en vérité  si ce n’est que le monde du feu. Ce feu de la purification, du jugement, de la culpabilité, de la vision brûlante de ce qu’a été ta vie dans son œuvre de destruction. Oui, le feu garde toujours la verticalité et si de ton vivant tu n’as pas transcendé l’eau, le minéral  puis l’air, alors au-delà,  il te te faudra passer par l’épreuve du  feu de la purification.

Quant au malin, sache qu’il n’est pas le gardien du feu mais celui des enfers. Il se dit gardien des âmes qui se sont laissées trompées par lui  par ignorance spirituelle. Liberté, j’entends déjà ta question celle de l’injustice par rapport à la tromperie des âmes : « Que peut-on faire ? C’est injuste ! »

Tu sais, lorsque qu’en ton coeur tu auras conscience de ces âmes égarées et de leurs tourments, tu recevras la capacité de les ramener vers la lumière. Naturellement cela s’imposera à toi comme une évidence à laquelle tu ne peux vouloir t’en soustraire cela s’appelle l’œuvre de la miséricorde. Descendant alors dans les enfers, tu ne craindras pas le feu car avec toi tu auras cette force du Souffle capable de ramener avec toi les âmes perdues, et leur donner les soins qu’il convient.»

Soudainement le sens du vent vint à changer, alors qu’ils étaient à l’abri dans la dune, celui-ci semblait venir et les envelopper  de toute part.

Et Innommé de rire : « Vois-tu le mystère du vent, il souffle là où il n’est pas forcément attendu, il peut d’un souffle éteindre le feu ou l’attiser mais aussi générer la tempête. Et pourtant arrives-tu à l’apercevoir ? Peux-tu le cerner dans une forme ? Vois-tu il en est de même pour le mystère du Souffle créateur et défenseur de la VIE, cette présence divine sans cesse informe qui t’appelle à perdurer la Création !

Qui devient Souffle n’a pas d’autre choix que d’assécher les eaux mortelles de l’inconscience et pas d’autre possible non plus que de descendre aux enfers.

Qui s’abaisse sera élevé, qui s’élève sera abaissé ne peux le comprendre que celui qui a fait le chemin vers Lui : le pèlerin. »