Toi, l’étincelle, Lui le Feu mais sans toi pas d’embrasement possible.

Extrait du Pèlerin d’émeraude, Anonyme

Au cours d’une randonnée dans la campagne, les deux s’arrêtèrent pour contempler le paysage qui s’offrait à eux  mais très vite Innommé brisa le silence en  l’interrogeant :

« Liberté,  que peux -tu me dire de ta contemplation de ce paysage ?  Qu’en as-tu ressenti ?»

Ce dernier s’était laissé emporter devant la beauté du lieu mais à vrai dire sans rien ressentir de particulier.

« Liberté,  lorsque tu observes une réalité n’oublie jamais de laisser tes yeux se poser tout naturellement sur ce qui est  de bonne vibration et ensuite sur ce qui ne l’est pas. Scrute, cherche, interroge-toi sur ce qui t’est offert de contempler. Alors vois-tu cette maison là en contrebas, peux-tu m’en donner  la couleur ? »

Liberté, ne s’étonna  point de cette nouvelle question en forme d’énigme. Aussi  préféra-t-il  rester sur sa réserve et ne pas lui donner la réponse de suite. Certes il la voyait blanche aux volets rouges, mais il savait qu’Innommé parlait ici d’une autre couleur.

Innommé voyant  son  hésitation lui rétorqua :

« Prends bien ton temps, tu fais bien de garder ta réserve, aussi je te donne rendez-vous ici même dans deux jours et  à cette même heure.»

Le temps imparti s’était écoulé et les deux amis se retrouvèrent comme convenu. Liberté tout heureux d’avoir résolu son énigme lui dit :

« Innommé, j’ai mis un peu de temps à comprendre le sens de ta question. Maintenant, je confirme qu’il y a deux jours, la maison blanche aux volets rouge était orange mais qu’à cette heure-ci,  elle est de couleur rouge. Quant à l’émeraude de cette maison, celle-ci me parait particulièrement  inquiétante, et serait en faveur d’une magie noire toujours agissante. Aussi  ai-je remonté, le temps d’environ  trente jours, comme tu me l’as appris et à cette période, cette maison était dans le jaune orangé. Il y a donc eu durant dans l’intervalle un évènement qui a contrarié la vie de cette maison au point d’en modifier sa couleur et son orient. Maintenant lorsque j’arrête mon regard sur cette maison, je ressens un profond malaise alors qu’auparavant dans son décor je la trouvais si merveilleuse.»

Innommé semblait satisfait de cette toute première analyse et lui en fit part  :

« Oui,  ta réponse quant à la couleur et à son émeraude fluctuantes, tout est juste.  Je ne t’en demandais pas plus et tu es allé bien au-delà de mes attentes. Pour ce qui est de ta conclusion, là nous en reparlerons, c’est un peu plus compliqué que cela. Alors, sois-vigilant et  souviens-toi de ceci : tout existant sur cette terre repose sur du visible et de l’invisible même pour le plus petit grain de sable de cette planète. Mais, le plus important, c’est l’invisible, lui seul source notre visible.»

A partir de cet instant, Liberté réalisa combien il était important de toujours regarder la vie sur ses deux plans et d’avoir constamment son regard aiguisé sur ces deux réalités.

Soudain, l’envie lui vint de prendre un moment pour regarder le fil de sa vie passée afin d’en tirer toutes les leçons qui s’imposaient.  Effectivement, sur bien des évènements de son histoire, surtout pour les plus sombres,  il constatait qu’ils avaient été tous pour  la plupart, sous l’influence néfaste provenant effectivement  de l’invisible, mais à cette époque il n’en savait rien.  Tout à coup tout devenait clair, il comprenait l’échec de la voie de la psychanalyse qu’il avait jadis emprunté. Ce constat, il pouvait maintenant l’établir, tout simplement, sur l’étude  de sa  couleur vibratoire avant la période d’analyse, pendant et après avoir pris distance d’elle. Le verdict resta sans appel : son plan vibratoire avait sévèrement chuté pendant tout ce temps, signe attestant que cette démarche s’avérait être dans une dynamique anti-vie. Quant à son analyste, la bassesse de son plan vibratoire suffisait à en attester les faits.

Lors du repas du soir, Liberté lui fit part de ce qu’il avait découvert sur sa vie puis il tenta de parler de son inquiétude au sujet de la maison.

Mais avant même qu’il ne dise quoi que ce soit, Innommé le rassura par ces mots :

« Je vois de la crainte sur ton visage et je te sens soucieux pour cette maison dont la santé n’est pas brillante. Alors voudrais-tu travailler au mieux-être de cette demeure ? »

Liberté lui confia :

« Oui, tout à fait, j’aimerai tant en alléger son poids au niveau ses vibrations, et à vrai dire son destin me tracasse, car elle détonne sévèrement dans l’harmonie du lieu.  Personnellement, j’ai cette impression que les occupants de cette maison croulent sous les soucis et que la magie noire n’y est pas étrangère. »

Innommé non satisfait de son analyse lui apporta cet autre éclairage :

« C’est bien essayé, mais ta vision est trop courte. Observe bien et prends plus en considération  la dimension du temps, s’il le faut demande à ton âme de t’aider, elle mieux que quiconque connait le passé de cette maison. N’hésite pas à remonter le temps sur une plus longue période comme celle de dix ans.

Pour ce qui est de ton analyse générale, centre ton étude sur l’environnement de la maison, questionne-toi sur toutes ces récentes modifications qui y ont été apportées. Alors tu pourras affiner ta réponse. Maintenant la nuit portant conseil, je te laisse avec cet exercice : essaie de me présenter un compte rendu exhaustif quant au fonctionnement énergétique global de cette maison.  Apporte-moi tes solutions dès que tu le pourras. j’espère de tout mon cœur  te voir bien cerner toute la complexité de cette affaire.»

Tout en souriant, Innommé lui souhaita une bonne soirée.  Quant à Liberté,  il réalisa à quel point son nouvel exercice devenait complexe. Pendant toute la nuit son esprit resta en ébullition. Plus le jour s’approchait, plus tout paraissait se compliquer au point qu’il fut tenté de renoncer à résoudre l’énigme proposée par son ami.

Au matin, Innommé se retrouva seul pour le petit déjeuner. De fait très tôt, il avait quitté la demeure pour retourner sur son sujet d’étude. Alors dans un tout premier temps,  il commença par regarder les abords de la maison, par rapport à tout ce qui s’y trouve, et ce qui aurait pu être modifié ou non ; puis, dans un second temps il se mit à analyser la maison dans son rapport à l’environnement et au temps, c’étaient les deux grands absents de sa toute dernière observation.

Hier ne comptait que la maison blanche aux volets rouges mais tant de choses se passait tout autour d’elle qu’il n’avait pas  encore repéré. Tout d’abord, une très belle forêt jouxtait le terrain de la bâtisse sur lequel se distinguait un très bel arbre multi centenaire. Au vu des nombreuses souches environnantes,  il avait semble-t-il échappé à l’abattage méthodique de ses congénères. Par ailleurs, récemment dans le parc avait été construit un petit chalet.

Maintenant, il lui fallait analyser plus précisément toutes les interactions entre tous ces mondes : la forêt, l’arbre, le terrain, la maison principale et sa nouvelle annexe ainsi que les habitants des lieux.  Mais Liberté au vu de la tâche qui lui incombait se dit en lui-même qu’il n’en n’était pas capable. Une fois, de plus naquit en lui l’envie de tout arrêter et d’avouer à Innommé son impuissance. Aussi,  très résolu, il prit la décision de renoncer à sa tentative d’analyse.

Maintenant le dîner prenait fin, et Innommé à plusieurs reprises durant le repas lui avait tendu une perche, le questionnant au sujet de son étude de cas. Mais quoi qu’il en soit Liberté fut incapable de lui avouer son échec,  son incompétence et son désir de renoncer à l’étude.

Au moment où ils se quittèrent, Innommé lui confia : « Je connais la difficulté de ton travail, mais tu es là pour justement pour apprendre à le faire,  alors, aie confiance car tu n’es pas très loin d’y aboutir ! Ah, je vais encore te dire une chose ! Prends bien  le temps en considération, dans toute  sa dynamique passé, présent et futur. Rappelle-toi ce que je t’ai déjà enseigné à son sujet.  Le temps est un révélateur !»

Toute la nuit, heureux du message de réconfort de son ami, Liberté n’eut de cesse de réfléchir, d’étudier les plans vibratoires concernant  cette demeure. Au petit matin, ses conclusions le laissaient très perplexe,  tout devenait soudainement flou et  son discernement une fois de plus mis à rude épreuve. Tant de nouveaux paramètres s’ajoutaient que l’élaboration d’un quelconque diagnostic et d’une mise en place de corrections appropriées s’avérait au-dessus de ses forces. Mais, sans baisser  les bras et il persévéra dans son entreprise.

Au bout de deux jours, il fit les constats suivant à savoir que:

La maison dégage un esprit d’hostilité contre ses habitants, et ce depuis deux ans. Mais avant cette période tout semblait irénique et harmonieux. La maison était pleinement dans la lumière ce qui n’est aujourd’hui  plus le cas.

Actuellement, la marque d’une magie noire agissante repose sur elle depuis un mois environ, renforçant plus encore l’aversion de l’esprit de la demeure pour ses habitants. Par ailleurs, la nouvelle construction sur le terrain possède,  par sa position géographique, la propriété d’aspirer les énergies de la demeure aux volets rouges la fragilisant très nettement.

Au niveau de la forêt, les esprits de la nature lui manifestent du  mécontentement et sont belliqueux, quant à  son âme celle-ci dégage une tristesse profonde depuis deux ans. Pour ce qui est de l’arbre multi-centenaire, la peur repose en lui.

Certes, s’il était content d’être parvenu à mettre le doigt sur tous ces disfonctionnements , Liberté ne savait pas comment remédier à cette situation en toute justesse. Aussi, entreprit-il de présenter les conclusions de son étude, et de lui faire part de son désarroi:

« Vois-tu Innommé, le combat de la forêt associé à celui de la maison contre les habitants du lieu est vraiment d’une grande violence mais je n’arrive pas encore à en percevoir la cause. Que peut donc bien signifier, une telle insurrection environnementale ? Que s’est-il passé depuis deux ans ? Si cela continue, ses occupants auront de plus en plus de problèmes ? Jusqu’où ira l’escalade de la violence ? Alors, que puis-je faire dans une telle situation pour respecter à la fois les uns et les autres, sans décevoir l’un ou l’autre ? Pour qui dois-je prendre parti ? Innommé, je t’avoue mon impossibilité à discerner l’action juste à apporter dans ce cas précis.

Alors, il lui dit :

Ton analyse est exhaustive, tu as bien cerné la situation. Alors que faire ? Sur quels critères discerner ce qui est juste à faire ou non ?

Il y a deux ans, ceux qui habitaient cette demeure étaient de mes amis, je leur étais très proche, et leur amour pour la Vie ne cessait de mettre de la joie autour d’eux, dans  la maison tout comme la forêt. Si tu avais pris soin de regarder la couleur vibratoire de cette maison, tu aurais remarqué qu’il y a deux ans, cette maison ainsi que ses occupants étaient sur une dimension vibratoire très  élevée et très spirituelle, et si tu remontes le temps tu verras que cette couleur était déjà là depuis plus de dix ans. Celle-ci était violette et parfois même, rose très pâle attestant de leur véritable élévation. Cet indice t’aurait permis de comprendre qu’effectivement depuis deux nous sommes en présence d’occupants de nature très différente que leurs prédécesseurs.

Un jour un accident de voiture les a emportés. Ils étaient sans enfants, et sitôt leur décès leur maison fut vendue par des héritiers lointains. Quant aux nouveaux occupants , depuis leur arrivée ils n’ont eu de cesse  d’en  détruire toute cette harmonie du lieu. Aussi  la maison, le terrain et la forêt se sont alliés pour chasser ces indésirables.

Depuis quelques temps, beaucoup de manifestations étranges et désagréables  se manifestent autour d’eux signe d’une grande hostilité issue de l’environnement. Un bruit court  dans le village qu’ils ont fait venir un exorciste pour nettoyer la maison. Et c’est exact, tu as bien vu la marque de la magie qui planait sur ses habitants. Quant à son origine, elle provient  de celui qu’ils ont fait venir. Pensant qu’un sort leur avait été jeté, ils ont fait appel à un bien triste. Cette influence néfaste que tu as de fait ressentie sur cette maison est en lien direct avec le  rituel d’exorcisme  inapproprié pratiqué par cet homme lui-même habité par le mal.

Alors voici, une clé pour connaître l’action la plus juste tenir en cette situation précise. La clé, c’est la Vie. Qui est vivant ? Qui est dans l’être ? Regarde les âmes de chacun, que te révèlent-elles ? Où se situe véritablement le danger ?  Qui est le destructeur ? Où es l’inconscient ? Qui donne la vie, ou bien qui cherche à la prendre ? Je te laisse maintenant avec ces indices, à toi maintenant de trouver la solution.

Après encore une nuit de réflexion, Liberté lui présenta ses  toutes dernières conclusions :

« Innommé, les protagonistes dans toute cette affaire, ce sont les résidents de la maison.  Destructeurs, ils n’ont aucune conscience de la Vie. Et le drame, c’est qu’ils sont un réel danger pour l’équilibre de tous les vivants autour d’eux.

Maintenant, la première idée qui m’est venue c’est celle-ci : nettoyer leur intérieur, et de rééquilibrer les lieux, mais dans ce cas  n’y a-t-il pas un risque de les voir redoubler  leurs efforts à plus détruire encore. Puis, une autre solution m’est venue à l’esprit : renforcer tout l’environnement comme le terrain, la forêt, et la maison afin qu’ils puissent tenir fermement dans le combat contre ces humains. Peut-être se décourageront-il de rester en ces lieux et qu’ils le quitteront le plus rapidement possible ? Maintenant, Innommé, je sais ce que tu penses de cette idée. Comme tu me l’as déjà enseigné : tout ce qui est dans une dynamique de résistance reste toujours destructeur. Si  j’augmente l’énergie environnementale, plus encore  grandira la noirceur des hôtes de la maison et la guerre montera  encore d’un cran.

Alors, j’ai médité sur le dernier indice que tu m’as donné : donner ou prendre. Les humains sont des êtres particuliers sur cette planète, en  eux l’esprit peut accomplir de grande chose tout comme d’autre plus bien plus minables surtout  lorsque le mal, l’esprit de ce monde les dirige et les manipulent.

Pour moi, la forêt, la maison, le terrain et les habitants sont tous dignes de la vie, si certains en sont conscients d’autres ne le sont pas, et j’entends ici les humains sous l’action du diabolisant en leur esprit. Aussi en les soustrayant à son action, j’ose croire qu’ils seront moins vindicatifs, plus conscients d’eux-mêmes et plus respectueux de la Vie.

En les  investissant l’esprit de ce monde est parvenu à déformer leur vision de l’existence et à se servir d’eux. Son unique but : détruire ce vivant qu’il détestait tant depuis plus de dix longues années. Jadis ce lieu était un hommage merveilleux rendu à la Vie, aujourd’hui le malin semble comme se déchaîner pour le détruire. Alors, s’il faut un responsable, c’est lui.

Pour conclure, je dirai qu’il faut au plus vite, effacer l’esprit maléfique à l’œuvre chez ces occupants et faire de même pour toutes ces mémoires nocives apparues en ces lieux  depuis ces dernières années. Quant au chalet qui vampirise la maison, le mieux serait de  procéder à l’annulation du lien destructeur qui les unit.»

Pour Innommé, l’exercice avait amplement porté ses fruits, et il lui avoua : « Tes conclusions sont justes, ce que tu veux faire est cohérent au regard de la Vie. Mais prends garde à ceci, n’oublie jamais dans ton travail qu’en retirant les mémoires nocives déjà existantes sur le passé et le présent,  il te faut aussi l’accomplir de même dans le futur, sinon le mal y sera toujours potentiellement présent. Si l’homme pouvait un jour réaliser combien il a cette mauvaise habitude de programmer son futur en mal.

Maintenant  sache qu’au-delà de ce que tu penses pouvoir accomplir, il en est Un qui agira bien plus que tu ne l’imagines. Avant le Feu vient l’étincelle, ce que tu es, mais le Feu te dépassera toujours, sans ne jamais t’appartenir. Toi, l’étincelle, Lui le Feu mais sans toi pas d’embrasement possible, ainsi en est-il ici-bas du mystère de l’incarnation !»