« Appelez moi GADI, Grand Architecte De l’Invisible. »

Extrait du Pèlerin d’Emeraude, Anonyme

« Mais voici cette autre histoire au sujet des mémoires-miroirs :

« Il était une fois, un roi qui devint soudainement jaloux d’un monarque voisin à cause de son tout nouveau palais. Aux dires ceux et celles qui lui rapportèrent la nouvelle, nul ne se souvenait à mémoire d’homme avoir vu une telle merveille. Aussi le roi se mit-il en quête d’aller rendre visite à son voisin. A la vue de cette réalisation, celui-ci tomba sous le charme et la stupéfaction. Comment cela était-ce possible  ?

Dès son retour, trop impatient de rencontrer l’artiste d’une telle œuvre, il mandata l’un de ses ministres afin de rechercher l’identité de son architecte, et comme par enchantement, à peine sa requête formulée voilà qu’un de ses sujets vint lui dire qu’il était ici même en son palais.

Immédiatement, cela ne pouvait attendre, et le roi le fit amener en son bureau et le complimenta par ces mots : « Vraiment vous êtes un bien grand architecte pour faire de telles splendeurs. En vos réalisations nul ne s’y sent mal, tout semble comme embelli, plein de magnificence, débordant de vie. Comment faites-vous pour faire surgir de nulle part de telles choses comme tous ces décors, ces paysages ? Je les croyais tellement vrais et pourtant ce n’était, m’a-t-il été rapporté que le fruit de votre maîtrise parfaite des miroirs. Aussi avant d’aller plus loin, dites m’en plus au sujet de vos réalisations jusqu’où pouvez-vous aller dans votre art de l’illusion ? »

L’architecte lui répondit : « Vous avez raison de dire que je suis un grand architecte mais désormais, appelez-moi GADI : grand architecte de l’invisible, c’est un de mes surnoms favoris. Maintenant j’en viens à votre requête d’en savoir plus sur mes compétences. Voyez-vous chacune de mes réalisations est construite autour de miroirs sans qu’aucun d’eux ne soient visibles.

Dans le secret de leur disposition, vous avez pu constater qu’ils peuvent générer des images d’une extraordinaire beauté et d’une extrême réalité. Maintenant permettez-moi votre altesse de vous faire prendre conscience au risque, peut-être, de vous décevoir qu’il y a quelque chose que vous n’avez pas encore perçu. Tout dernièrement alors que vous vous entreteniez avec votre semblable en son palais sachez que vous n’avez jamais été mis en contact direct avec lui, celui que vous avez rencontré était dans une de mes créations virtuelles.

Ce qui se présentait devant vous était une image du roi générée en trois dimensions par l’entremise de mon art. Lui se tenait à distance et vous regardait et vous parlait d’une autre pièce. A aucun moment, vous ne vous en êtes rendu compte, n’est-ce pas ? Et d’ailleurs si tel avait été le cas j’en suis sûr que vous l’auriez mal pris n’est-ce pas ? Oui aussi incroyable soit-il celui avec lequel vous conversiez n’était pas réel. Votre altesse, et sachez que si je retiens votre attention je m’attacherai  à vous présenter mon plus beau projet.  Je vous assure être en mesure, plus que jamais de me surpasser. Je ne vous décevrai pas. 

« Le roi stupéfait rétorqua : « GADI ! Ce que vous venez de me dire je ne puis le croire ni même l’entendre. Comment est-ce possible ? Deviendrait-il envisageable de générer en permanence mon image et de me montrer à mes sujets toujours sous mon plus bel atour ? Cela me séduit beaucoup mais en même temps pourquoi tant d’artifices et de leurres ?» 

Le grand architecte de l’invisible surenchérit : « Pour votre protection, votre image et votre éternité, ô mon roi !  Vous apprendrez à goûter, à voir, à sentir la grandeur de mon art du miroir. Sa magie est si impressionnante que je peux pousser le prodige à ne plus vous voir vieillir sur le plan de votre image émise face aux autres. »

Le roi fit cette remarque : « J’entends bien votre proposition, mais lorsque je sortirai de mon palais, si votre magie n’opère plus que se passera-t-il donc ? Qu’advient-il de ma protection ? »

GADI se mit à rire et lui confia, un secret, au creux de l’oreille : « N’ayez crainte votre altesse car le jour où vous sortirez de votre magnifique palais, personne ne vous reconnaîtra. A l’extérieur, où que vous soyez vous y serez toujours incognito. Réellement, croyez-moi, ça marche et je vous assure vous rirez de la méprise des gens sur votre identité. Mais rassurez-vous là où vous devez apparaître en public, je ferai que vous soyez toujours reconnu devant vos sujets comme le roi »

 

Devant  cette toute dernière déclaration, le roi fit ordonner de donner tout pouvoir à GADI afin qu’il lui construise le plus somptueux palais, celui-ci lui assura qu’il serait l’un de ses plus innovants. Petit à petit, la renommée de l’architecte de l’invisible allait en grandissant, et tous cherchaient à se construire une demeure magique à la mesure de leur moyen. Chaque fois, GADI semblait se surpasser plus encore.

Toutefois dans le pays, subsistaient quelques récalcitrants à l’incroyable nouveauté, « trop beau, trop de laideur cachée !» affirmaient-ils. Plus ils observaient leur curieux manège de loin, plus ils devenaient dubitatifs face à un tel engouement de la part de leurs amis pour les réalisations de GADI. Plusieurs fois ils avaient tenté de les mettre en garde du dessein diabolique de l’architecte mais la surdité et la cécité régnaient désormais en leur vie. Aucun des adeptes de l’architecte ne se rendaient compte que la nature et les animaux autour d’eux mourraient et disparaissaient au fil de leurs constructions diaboliques.

Alors ils se quittèrent et les années passèrent.

Pour ce qui est du roi, il ne sortait plus de son palais. C’en était de même pour tous ses sujets qui eux aussi s’étaient trouvés comme emprisonné sous le charme irrésistible de leur demeure. Puis un jour, comme par enchantement ils sortirent enfin de chez eux. Là de fait, personne ne se reconnaissait plus. Tous avaient vieilli et s’étaient desséchés comme des momies mais personne n’en n’avait pris conscience. Dans l’illusion crée par leur demeure, chacun se voyait plus beau que l’autre. Quand l’envie leur venait de sortir, ils étaient toujours sûrs et certains  aux dires de GADI, qu’ils resteraient toujours incognito, et de fait cela fonctionnait toujours comme promis. Ce qu’avait chuchoté Gadi à chacun d’eux au creux de leurs oreilles leur laissait croire que ce serait-là leur secret, qu’ils en étaient les uniques détenteurs mais cette manipulation était d’une redoutable perversité.

Dehors tout le monde prenait soin de se parler, de s’éviter pour n’être pas reconnu et tous continuaient par se saluer en feignant un de leur plus beau sourire tout en cachant cette pensée hypocrite: « Pauvres gens, quelle misère et quel ridicule ! A leur place je n’oserai même pas me montrer ainsi. » Quant au monarque, dès qu’il revenait au palais après une de ses sorties incognito dans le royaume, il s’attachait avec le plus grand soin à congratuler et à remercier GADI pour l’exactitude de sa prédiction au sujet de sa non reconnaissance à l’extérieur du palais. 

« Pour ce qui est des éternels résistants, ils se retirèrent une fois pour toute de cette contrée. Ils avaient compris que la voie véritable de la vie est d’être toujours en chemin, de fuir la scintillance de toute sédentarisation, de ne jamais regarder en arrière ni ne rien projeter sur le futur. Le nom qu’ils ont donné aux villes construites par GADI : « Les enfers ». Quant aux habitants des demeures à miroir, ils connaissaient toujours le même sort celui des morts-vivants inconscients de leur état  pour la joie de GADI.

Les résistants n’entreprirent rien pour empêcher la magie des miroirs d’opérer. Ils allèrent dans un pays où ils fondèrent eux-aussi un royaume auquel ils donnèrent le nom d’Anamnésia. En levant le camp certains d’entre eux prédirent qu’un jour le monde des miroirs engendrerait guerre, maladie et violence et que ce jour-là les miroirs voleraient en éclat. Ce fut là leur seule et unique prédiction quant au futur.»

Liberté intrigué par son discours lui dit :

« Tu nous as dit précédemment si mes souvenirs sont bons que nous étions tel des amnésiques face à la vie et maintenant et que la cause de notre souffrance voire de notre mort s’origine dans l’excès de mémoires tout comme ces miroirs de Gadi. Je trouve que ces deux pensées sont contradictoires. »

Voici quelle fut sa réponse :

« Oui, tu as raison ! C’est peut-être pour toi paradoxal, mais en réalité l’excès de mémoires mortes fait oublier la Mémoire Vive l’unique et la véritable qui elle n’a pas de miroir. C’est d’elle dont l’homme est amnésique ! Souviens-toi : trop de mémoire fait fuir la Vie laquelle n’a que faire des mémoires-miroir des humains. Tant que ta Mémoire Vive ne s’est pas éveillée, la maladie des « sans-Mémoire » te guette celle de toujours te contempler dans les miroirs et de t’illusionner sur la Vie. Nous confondons la Vie et la mort, et nous leur inversons constamment les rôles.

Ce que tu regardes en ton existence n’est que mort mais le malin te fait constamment croire l’inverse. Liberté, il te revient de remettre la VIE et la mort dans leur bon sens ! Au-delà des mémoires se trouve la VIE, pour ce qui est de la mort, elle n’est rien d’autre qu’une création miroitante de plus, celle de Gadi – l’anti-vie-.

Maintenant Liberté, prends le temps de contempler ce monde dans lequel tu vis. As-tu vu ces tours de plus en plus élevé et de plus en plus miroitantes construites par les hommes, le lieu où elles s’édifient n’est pas étranger à l’histoire que je t’ai racontée. Là où l’homme cherche à prouver sa supériorité et sa richesse en élevant des tours d’une prouesse technique spectaculaire, nous nous trouvons face à des pays qui s’enorgueillissent et ne respectent plus la vie. « 

« Maintenant Liberté, prends le temps de contempler ce monde dans lequel tu vis. As-tu vu ces tours de plus en plus élevées et de plus en plus miroitantes construites par les hommes, le lieu où elles s’édifient n’est pas étranger à l’histoire que je t’ai racontée. Là où l’homme cherche à prouver sa supériorité et sa richesse en élevant des tours d’une prouesse technique spectaculaire, nous nous trouvons face à des pays qui s’enorgueillissent et qui ne respectent plus la vie.

Jésus disait : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé», tel est le mouvement de l’homme spirituel capable de s’abaisser c’est-à-dire de pouvoir descendre jusqu’aux aux enfers pour aller rechercher les siens. L’abaissement ne va pas sans un autre mot quand il est conjoint à l’élévation et réciproquement, cela s’appelle l’Amour, celui capable de discerner de comprendre au-delà des apparences et qui refuse de se laisser entraîner dans un comportementalisme de convenance souvent dstructeur, fusse-t-il même religieux.

Qui refuse de s’abaisser tout en prétendant être élevé fait toujours offense à la VIE. Ses faits et gestes sont alors dictés la plupart du temps mu par la force du mal celle du destructeur Gadi lequel se plait à se cacher derrière les miroirs sans tain de son inconscient.

Aujourd’hui tous ceux qui élèvent des tours en ce monde sont des serviteurs du mal, ni plus ni moins. Ils pillent la terre, la dévaste y mettent la désolation, manipulent le vivant et s’en accaparent toutes les richesses. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’ils se disent croyants pour la plupart d’entre eux.

Ici comprends-tu l’Amour n’existe pas, et s’ils ont de l’affection pour leur semblable, chacun doit cependant s’incliner devant eux et de baiser leur main en signe de leur loyauté et de leur soumission. Voilà l’abaissement qu’ils pratiquent, contraindre l’autre à le révérer.

Qui se prétend élevé dans la voie spirituelle mais demeure incapable de faire quoi que ce soit dans la voie de l’invisible, cet invisible qui source notre réel se trouve dans l’illusion. Sa prétendue élévation cache souvent la domination d’autrui. Combien de religieux se mentent à eux-mêmes entraînant aussi les autres dans la voie du mensonge !

Voici encore un autre paradoxe des adeptes du mal se cacher derrière une fausse voie spirituelle, celle du « si je m’élève, c’est ce que suis béni de Dieu », certains ont même osé arborer le mot de Dieu sur leur monnaie, comme si la richesse pouvait être le signe de Dieu, mais concrètement ils n’en partagent jamais rien, ils iront même à décider de qui sera pauvre et riche. L’argent qu’ils prêtent n’est que pure virtualité, encore un autre miroir !

 Quel est donc de dieu là ? Comprends-tu Liberté ces hommes se prennent pour Dieu. Ils reconstruisent des tours de Babel perdant  le souvenir de Dieu. N’oublie jamais, Liberté, Dieu est la VIE, l’AMOUR !

Leur dieu est aux antipodes du Mien ! Il est la mort et le chaos… »

Liberté demanda à innommé :

« Mais que pouvons-nous faire face à de tels gens car ils nous dirigent, nous manipulent et nous asservissent par des mensonges usant parfois à tort du nom de Dieu ?»

Innomé lui montra son cœur et soudainement son ami ressenti comme un tressaillement en le sien qui l’inonda d’un onde de paix et de joie, et il ajouta :

« Son pouvoir est grand, les enfers n’ont pas de prise sur lui. A lui seul Il est capable d’en ouvrir les portes parce qu’en lui repose Dieu. Pour cela Il n’y a rien à faire, laisse tout simplement exister la magie de ton cœur opérer en ta vie alors ton attitude sera juste, sans violence et d’une redoutable efficacité pour la transformation de ce monde. Petit bémol ne te prends jamais pour Dieu, n’oublie jamais qu’en ses mains tu n’es que son instrument, rien d’autre… Mais un merveilleux instrument au service de la VIE et qu’il se partage !….»