La VIE honore toujours les « sans passé ni futur »

Extrait du pèlerin d’Emeraude, Anonyme

« Celui-ci enseigna l’enfant longuement, l’invitant sans cesse à réfléchir sur soi. Fables et contes étaient leur support favori pour débattre et échanger.

Voici l’un d’eux qu’il lui narra à propos de « La Vénérée Dame de la VIE »,

« – Puisse ce conte éclairer ta réflexion mon ami ! » lui dit-il.

« Un jour, un homme avait appris  qu’en une très lointaine contrée résidait «La Vénérée Dame de la VIE ». Aussi entreprit-il de se mettre en quête pour aller la retrouver pensant ses indices glanés  suffisants pour trouver son chemin.

Le premier soir de son voyage, l’auberge « Aux sept oies » l’attira irrésistiblement vers elle. Tout y semblait paisible, heureux, harmonieux et elle ne ressemblait en rien au regard de toutes celles devant lesquelles il venait de passer. Lors du repas, une petite fille vint à lui et lui fit cette demande : « Veux-tu jouer avec moi, quand tu auras fini de manger ? ». Mais il déclina son invitation par ces mots : « Non, je suis désolé ! Demain je reprends la route très tôt et je dois aller me coucher au plus vite car demain le voyage sera long. Vois-tu, c’est la meilleure chose que je puisse faire, une autre fois peut être ! ». L’enfant reprit : « Ma mère me dit toujours : « Pour l’homme qui ne se connait pas, demain est une mascarade du passé. Sans l’un ni l’autre ainsi va la vie. Alors si quelqu’un te dit : « Demain » demande-lui toujours s’il se connait lui-même. Que penses-tu de ce que dit ma mère ?» Faisant preuve d’un certain agacement, il la renvoya lui disant : « Te voilà bien avisée mais toi que sais-tu de la vie ? Qu’as-tu à m’apprendre ? Et ta mère me connait-elle ?». Arrivé dans sa chambre, un cadre était placé au-dessus du lit où figurait cette citation : « A la Vie, seul le don de la tienne t’apportera ce que tu attends, n’aie d’autre but que de la reconnaître, toute autre quête est vaine ! Savoir bien la nommer là réside son secret.»

Le lendemain, après plusieurs heures de trajet, apparut au loin un enfant qui lui faisait signe de s’arrêter. Voiture garée sur le bas-côté de la route et le capot levé, son conducteur se montra enfin et lui demanda s’il pouvait le tracter jusqu’au prochain village, mais toujours pris par le temps, il leur déclara : « J’ai un rendez-vous que je ne dois manquer à aucun prix, j’en suis désolé mais je vous souhaite de trouver une personne plus disponible que moi. » L’enfant lui fit remarquer : « Je ne sais avec qui ou avec quoi vous avez rendez-vous, mais n’oubliez jamais que seule importe la Vie !». Il rétorqua : « Tu ne peux pas dire mieux, elle est très judicieuse ta remarque. Si tu savais comme tu dis vrai. » Mais son interlocuteur s’empressa d’ajouter : « Curieux ma mère me dit toujours : la vie ne donne jamais de rendez-vous ! Seule la mort en prend mais les hommes l’oublient sans cesse.»

Le surlendemain, il se perdit en chemin et dut demander sa route à deux enfants qui jouaient au bord de la route, et ceux-ci dans l’impossibilité de pouvoir lui répondre l’invitèrent à venir chez eux rencontrer leur mère qui n’allait pas tarder à rentrer. Désolé, il leur confia qu’il était pressé et qu’il trouverait bien quelqu’un d’autre plus loin pour lui indiquer la voie, toutefois un des enfants lui dit : « Ceux qui prennent cette route disent souvent : « je n’ai pas le temps » ou encore : « demain » et tous les jours des gens s’y perdent. Prends-garde à toi ! Ma mère appelle cette route celle des « sans vie » »

« Après bien d’autres péripéties, il parvint enfin au seuil de la résidence de la « Vénérée Dame de la VIE ». Tout impatient, il s’empressa de courir frapper à sa porte.

« Qui est-ce ? » disait une voix d’enfant derrière la porte. Et lui, longuement de raconter qui il était, d’où il venait et tous les dangers qu’il avait dû braver pour venir jusqu’à elle.

Tout à coup, interrompu dans sa narration des faits, une voix se fit entendre :

« Qu’as-tu à donner ? »

« Voici mon offrande pour les bonnes œuvres de la  Dame ». L’homme fit passer sous la porte un chèque d’un montant important.

« Qu’attends-tu ? »

« De pouvoir la rencontrer. »

Un silence glacial régna subitement en ce lieu. Et l’homme vit réapparaitre le chèque glissé en dessous de la porte. Déçu, il s’en alla camper non loin à l’entour de la demeure. Dans son esprit, sans nul doute le montant offert était trop insuffisant. Avec un empressement sans pareil, il alla vendre tout ce qu’il possédait pour le convertir en or sonnant et trébuchant. Sa détermination était sans borne car il avait le secret dessein d’obtenir d’elle la vie éternelle.

De nouveau il se rendit en hâte à la demeure convaincu cette fois-ci que ce serait la bonne. Les mêmes questions lui furent posées et le même silence lui fut signifié au point de lui glacer les sangs. Toutefois sans jamais perdre courage l’homme resta sous sa tente très longtemps en ces lieux. Après bien des années, au cours d’une nuit, il fit un rêve. Des enfants jouaient ensemble, au jeu du colin maillard, quand l’un d’eux fut attrapé par l’autre qui avait les yeux bandés et les autres de lui crier : qui est-ce ? Soudainement il prit conscience de sa cécité et de sa surdité. Cela faisait si longtemps qu’il répondait à la tourière de façon erronée. Curieusement quelque chose venait de changer en lui».

Alors l’homme se réveilla certain qu’il connaissait, cette fois-ci, la réponse aux  trois énigmes posées par la tourière mais il n’était plus le même, il se ressentait différent des autres jours. Ainsi au cœur de la nuit, ne pouvant plus contenir son impatience, il se hâta d’aller frapper vigoureusement à la demeure.

Dès qu’il vit la lumière briller du dessous la porte, il déclara à la tourière :

« Maintenant je sais. Tu es la dame de la VIE. Le seul don que je puisse te faire, c’est celui de ma vie aussi je te demande de bien vouloir l’accepter en cette nuit même. Mon espérance par-dessus tout, c’est de devenir pareil à toi. »

« Entre, pousse la porte. Tu sais, elle a toujours été ouverte mais vous êtes tellement conditionnés, vous les hommes que vous n’osez même pas la pousser. Pour ce qui est de tes bagages et de ton or, reflet de ton temps perdu, je te prie de bien vouloir les laisser au seuil de la porte. Les « sans-vie » s’en chargeront, c’est leur seule raison de vivre. », lui rétorqua l’enfant tourière. »

Quand il la vit, quelle ne fut pas sa surprise ! Celle dont il attendait la rencontre depuis si longtemps avait les traits  d’une très jeune enfant, en son esprit subsistait un doute : était-ce véritablement la Dame de la VIE ? Mais pas de doute possible car sa toute première déclaration le rassura intérieurement par ces mots : « Mon enfant, quel bonheur de te voir revenir parmi les vivants. Je t’attendais depuis si longtemps! Viens maintenant partager le repas avec nous tous. Nous allons rattraper cette illusion du temps perdu ! »

Et celle-ci l’emmena dans une salle où s’y trouvaient des enfants d’une jeunesse hors du commun. Ce qu’il ne savait pas encore, c’est qu’il était devenu l’un d’eux. Mais juste avant d’entrer dans la salle à manger, il lui déclara : « Comme c’est curieux, j’ai cette étrange impression de déjà te connaître, ou de t’avoir déjà vu. »

Durant le repas, la Dame de la Vie ou plutôt l’enfant de la VIE lui fit cette confidence :

« C’est vrai et tu as raison de dire que nous nous sommes déjà rencontrés. C’était il y a fort longtemps à l’auberge « aux 7 oies », lors de ton tout premier soir de voyage à ma rencontre. T-en souviens-tu ? Déjà là j’étais venue à ta rencontre mais tu as décliné mon invitation à venir jouer avec moi, et plus tard à m’aider ou à venir me rencontrer chez moi. Quant à la réponse à mon énigme posée du : « qui est-ce ? Tout était là dans le nom de l’ « auberge  aux sept oies », comme dans un jeu de piste tu ne voyais rien des indices que la vie te montrait en filigrane.  Quant aux autres indices tu les avais tous reçus mais « demain » t’aveuglait tellement que me voir à travers une enfant t’était inconcevable. Bien d’autres fois nous sommes revenus vers toi mais toujours en vain, tu ne voulais rien entendre. Tu me recherchais comme on s’attache à vouloir acquérir un bien.

Beaucoup n’ont de cesse de courir après moi, et  tu étais l’un d’eux.  Votre manège, à vous les hommes, me fait bien rire. Votre folle frénésie à mon égard n’en n’est que trop absurde. S’arrêteront-ils un jour de se méprendre sur ce qu’est la VIE. Certains croient m’avoir trouvée mais ne font qu’embrasser de la fumée. Vaine est leur quête tant qu’ils inversent les rôles. Pourtant, sans cesse, JE les poursuis dans l’espoir de pouvoir les combler un jour de mes biens avec largesse. Mais, ils sont tellement attachés à leur mémoire passée, cette « satanée mémoire », comme si c’était  de l’or, qu’ils finissent toujours par se détruire les uns les autres avec ce faux espoir d’obtenir pour soi un lendemain meilleur. Malheureusement leurs pièges, leurs manipulations, leurs possessions m’obligent la plupart du temps à les fuir comme la peste.

Comprendront-ils un jour que ME trouvent ceux qui jamais ne comptent, ne prennent, ne possèdent, ni ne jugent. Humbles, discrets, magnanimes, rayonnants et bienfaisants tel sont ceux en qui JE prends plaisir à ME donner. Voici mon unique destinée ME transmettre à l’infini en toute gratuité. Ne doute jamais qu’un jour elle puisse devenir la tienne, c’est à cela et rien d’autre que je t’appelle. »

Tout à coup, il prit conscience de ceci : les enfants le regardaient et lui parlaient sans jamais lever la tête ce qui le surprenait, comment cela se pouvait-il ? Plaçant une main au-dessus de sa tête, il réalisa qu’il était devenu l’un d’eux. Alors, l’enfant de la VIE lui révéla son mystère : « Te voilà devenu comme l’un d’entre nous, ta mission sera d’aller sur le chemin à la rencontre des hommes qui disent toujours demain, tu sais la tâche est rude mais tellement belle quand l’un d’eux devient comme l’un de nous. »

Devant ce qu’elle venait de lui dire, il ne peut s’empêcher de lui poser cette question : « Vous êtes tous ici tels des enfants mais depuis que je suis arrivé je n’ai pas encore rencontré votre mère à tous. Est-ce vous ?»

L’enfant de la VIE se mit à rire, et lui confia ces mots au creux de l’oreille tel un secret : « Ta mère est en toi et elle l’a toujours été, il s’agit de ton âme que tu ne connais pas encore véritablement. Pendant un temps, nous serons telles des mères pour toi, jusqu’au jour où tu l’entendras te parler directement en ton cœur. Bientôt tu ressentiras une force nouvelle, l’esprit de notre Père sur toi. Là encore, tu comprendras pourquoi nous n’avons qu’un seul Père : Dieu et qu’une seule mère : ton âme. Ensemble tous les deux, ils font de toi un enfant de la VIE éternellement engendré. Et ce dont il sera désormais question, ce n’est pas de savoir ce qu’est l’éternité mais plutôt comment apporter la VIE au monde.»

Perplexe devant cette fable, le jeune Liberté lui fit tout de même cette remarque :

« Je vois beaucoup d’atrocités et de violences en ce monde et vous ne cessez de me dire que la  Vie vous honore de sa présence, certes je veux bien l’entendre mais si rien ne change à quoi cela sert-il ? Quel est véritablement l’enjeu de tout cela ? Qu’y gagne-t-on ? Si tu es devenu tel un de ces enfants où es la vie ?»

Innommé s’exprima en ces termes :

« Liberté, quelle connaissance as-tu de toi-même ? Demain est-il encore tapi à ta porte ? Ton coeur de quoi ou par qui vit-il ? D’aujourd’hui ou de demain, ou bien de cette mystérieuse union entre ton âme et Dieu ? Sais-tu voir la réalité ordinaire de ce jour à la lumière du jour passé grâce au clair discernement de ton cœur ? Cette vision-là te permettra de répondre à ta question par toi-même parce que la réponse repose déjà en toi. Vois-tu, L’animal sent et perçoit l’invisible vivant qui influence l’organisation d’une bonne partie de sa vie, l’enfant qui vient au monde possède les mêmes capacités de percevoir notre réalité non ordinaire au quotidien. Cela fait partie de ces sens innés partagés avec l’animalité mais l’entourage, au nom du « c’est comme çà. Ca n’existe pas », va mener le petit enfant vers une réalité très mentale bien ordonnée, formatée, cadrée et conditionnée. Le précepte sournois et maléfique programmé dans l’inconscient du petit homme en ces termes peut se formuler par ces termes : « Tu te tiendras à l’écart de toi-même et n’en dérogeras pas. Nous te dicterons ce qu’il est bon de croire ou ne pas croire. Aie confiance, nous détenons la vérité ! Ta vie nous la dirigerons avec le plus grand soin. Seul ton avenir nous importe, quant à ta mort nous lui octroierons le plus grand soin.»

Progressivement l’homme se trouve réduit à l’état d’esclave, de mort vivant dans cet univers des fausses certitudes, de l’illusion et du mensonge afin de servir le demain toujours plus faste des grands prédateurs. Mais, ce qu’il ne sait pas, au comble du comble, c’est qu’en lui désormais repose son pire ennemi. N’oublie jamais dans ton parcours de vie que le plus  à craindre, c’est sans nul doute toi-même tant que tu es aliéné au système de pensée collective qui ne veut pas entendre le mot d’aujourd’hui mais toujours celui de demain : croissance, durée de prêt, dividende, bénéfice, plan de carrière, possession, réussite sociale, descendance….

Dans une telle vision la vie ne peut nous honorer de sa présence si bien qu’elle se retire, à cause de l’interdit fondateur et destructeur,  pour laisser exister un monde lourd, pesant et pénible avec pour compagnes et compagnons : misère, pauvreté, des pleurs, des regrets et de la souffrance. Certes ces derniers seront toujours totalement infondées et injustes mais obligées et acceptées de par un conditionnement et un comportementalisme pervers savamment entretenu par le monde des morts. Quand demain est basé sur des intentions issues du passé visant la prospérité d’une économie, l’aujourd’hui devient désert, souffrance et mort.

La VIE honore toujours les « sans passé, ni futur » car ils ont intégré en leur vie et en leur cœur les logiques même du vivant quitte à se battre pour elle. Par contre la VIE se moque de ceux qui la travestissent en permanence pour les délaisser à leur perte. Et je parle ici des morts de ce monde qui portent des masques d’Elle sans véritablement La connaître. Bientôt tu te rendras compte qu’ils sont pitoyables et tous plus laids les uns que les autres ! Quant à toi, si tu Lui donnes véritablement ton cœur alors le temps ne sera plus, à partir de toi se dispensera la VIE et la seule économie qui importera sera celle du cœur et de l’équité.»

« Vois-tu Liberté comment est-ce que je perçois la vie en notre monde aujourd’hui ? Tout simplement faire que le temps destructeur ne soit plus.»