Après des milliers d’années de conditionnement à la loi de la jungle

 

« Après des milliers d’années de conditionnement à la loi de la jungle – sans oublier de nombreux rappels brutaux de l’histoire que les plus forts dominent et écrasent invariablement les plus faibles -, nous croyons viscéralement que pour survivre il faut être du côté des gagnants. Et quand les choses se gâtent nous avons inévitablement recours à la méthode forte. Alors que nous nous contentons de manifester un intérêt de pure forme pour la Règle d’or de l’amour, c’est la règle du profit qui règne dans le subconscient, en particulier quand elle est alimentée par la peur et perpétuée par la contrainte. Comment peut-on contrer ce conditionnement en apparence irrésistible ?

Tout simplement en rendant conscient l’inconscient. Lorsque nous reconnaissons le fait que nous pouvons être conditionnés par la peur, nous sommes moins susceptibles de succomber aux manipulations de ceux qui tirent profit des guerres. Le chef nazi Hermann Göring a reconnu sans détour ce fait au procès de Nuremberg où il a tenu les propos suivants lors de son témoignage : « Naturellement, l’homme du peuple ne désire pas la guerre, mais après tout c’est aux décideurs du pays de déterminer les directions. Et il est toujours très facile d’entraîner le peuple, qu’il s’agisse d’une démocratie, d’une dictature fasciste, d’un parlement ou d’une dictature communiste. Qu’il ait droit de parole ou non, le peuple peut facilement se plier à la volonté des décideurs. Vous n’avez qu’à lui dire qu’il est attaqué, et vous accusez ensuite les pacifistes d’exposer leur pays au danger par leur manque de patriotisme. Cela fonctionne de la même façon dans tous les pays. »

Ces paroles prennent une résonnance particulière aux Etats-Unis alors que la guerre préventive en Irak n’a pas réussi à accomplir sa mission première qui était de trouver des armes de destruction massive, et qu’elle a mené notre pays au bord de la faillite financière et morale. Nous pouvons parler à juste titre des huit années de l’administration Bush/Cheney comme une expérience d’apprentissage intensif du pouvoir manipulateur de la peur, une expérience pour laquelle les Etats-Unis et le monde ont payé un lourd tribut. »

Bruce H. Lipton, Steve Bhaerman, Evolution Spontanée, ed. Ariane, 2010, p. 465