A 85 ans je vois ce milliard de mensonges….

Huit jours avant qu’elle ne meure, Gitta Mallasz, le scribe des Dialogues avec l’Ange, ce récit de cette merveilleuse rencontre que quatre jeunes gens firent durant la guerre avec l’ « Ange » ou le « Maître intérieur ». Trois d’entre eux périront par la suite en camp de concentration, et Gitta la survivante n’aura de cesse d’entretenir tout le restant de sa vie le dialogue avec son Ange. Voici le dernier texte qu’elle rédigera :

« Elle se coucha. Jamais plus elle ne se relèverait.

En éteignant, ce soir-là, toutes ses lumières, j’ai vu sur son bureau un petit mot écrit à la main :

 

« Je tourne de plus en plus autour du Verbe. Mais qu’est-ce que je désire tellement découvrir ?

Quelle est cette nostalgie si puissante qui agit en moi envers la vérité ?

La terre, les plantes, l’animal ne mentent pas, ils n’ont pas reçu la parole ;

Les Anges ne mentent pas, ils n’ont pas reçu la parole ;

mais moi, dès ma naissance, je mens.

Depuis 85 ans j’ai semé un milliards de mensonges.

A 85 ans, je vois ce milliard de mensonges qui portent des millions de fruits qui empoisonnent la terre.

Comment effacer tout cela de la mémoire de la terre ?

Seulement, en étant capable à la fin de ma vie de prononcer le Verbe de lumière – mon vrai Nom.

Alors j’effacerai le mensonge de la face de la terre et je n’aurai pas vécu en vain. »

 

Bernard Montaud, Le testament de l’Ange,

les derniers jours de Gitta Mallasz, Albin Michel