L’enfant et le croquemitaine ?

Je venais tout juste de terminer mon soin, l’enfant était parti avec sa mère, et pour satisfaire ma curiosité, je demandais à son père : «Dites-voir, durant le soin, j’ai vu votre fils prendre soin de fermer la porte de la salle de bain avant d’entrer dans les WC avant d’y entrer. A-t-il l’habitude de faire cela ? ». L’invisible nous est tellement familier que la moindre anomalie nous pousse à interroger la réalité, et ce petit détail avec la porte était suffisant pour m’interroger. Et dans les faits, je ne m’étais pas trompé, quelque chose se passait entre l’enfant et la salle de bain. Le père me confia alors que son fils lui avait déjà parlé d’un méchant qui s’y trouvait.

En ce lieu pas de doute possible une grosse entité avait pris place qui en aurait effrayé plus d’un. En partant, j’ai promis au père de la faire partir pour la renvoyer en son monde mais à une unique condition celle de me tenir au courant et surtout de ne rien dire à son fils.

Une semaine plus tard, il me confirma que son fils ne prenait plus soin de fermer la porte de la salle de bain parce qu’à ses dires le méchant n’y était plus. Celui-ci avait à peine cinq ans.

Les parents de l’enfant n’ont jamais cherché à nier ce que disait l’enfant. Et ils avaient raison. Une identité se construit sur ce que l’on voit, voir l’invisible est le lot de presque tous les jeunes enfants. Continuez à leur mentir et à leur dire qu’il n’y a rien, c’est ainsi que commence le mensonge sur l’essentiel : l’invisible. D’un point de vue psychologique, que peut-on en dire de ce mensonge fondateur ? Rien puisqu’il n’existe pas, la belle affaire.

Je crois qu’accepter la réalité de l’invisible est d’autant plus difficile qu’il repose sur un interdit fondateur et falsificateur : « Tu ne regarderas pas l’invisible, cela t’est interdit, d’ailleurs cela n’a jamais existé ! ». Qui est le menteur ? Où est le croquemitaine ?