Si la Vie de l’homme consistait en ceci : devenir Eucharistie

Lorsque les chrétiens célèbrent le mystère eucharistique en commémoration de la mort et de la résurrection du Christ. Que peut bien signifier cet acte ?  Lors de son dernier repas, celui du jeudi saint, jésus partagea avec ses disciples le pain et le vin, ayant pris soin de prononcer sur chacun d’eux une parole de bénédiction et lors de ce partage, il associa le pain à son corps et le vin à son sang invitant ses disciples à faire de même. Mais de quel corps, et de quel sang parlons-nous ? S’agit-il uniquement de celui du Christ, ou bien fait-il appel à cette méta-conscience que chacun doit avoir de soi, de sa place à tenir dans la création ? Est-il possible de donner un sens autre à ce mystère célébré ?

Si le Christ vivait en son corps l’accomplissement de la promesse divine : celle d’être avec Dieu jusqu’à la fin des temps, et ne plus faire qu’un avec Lui, il est néanmoins venu en ce monde pour nous montrer comment cela pouvait être aussi possible pour chacun de nous. De son vivant, tout son enseignement pourrait se résumer à ceci : vous devez quitter le monde de l’inconscience et faire unité avec votre corps conscient non seulement visible mais aussi invisible n’oubliant jamais que c’est l’invisible qui source toute existence.

Lorsque vous l’aurez réintégré et assumé en votre vie, elle grandira à la dimension de ce monde, vous comprendrez et intégrerez que votre corps sera à jamais partagé avec tous, et paradoxe vous serez étroitement lié avec chaque chose, chaque être mais avec aucun en particulier. Si le printemps s’arrêtait à un arbre par complaisance, ce serait l’hiver pour tous les autres. Le printemps est pour tous sans être en particulier pour quiconque.

Lorsque l’unité se construit, à l’image Christ, votre vie n’est plus votre vie et dans le même temps toute vie devient la vôtre, vous en devenez responsable. Si faire eucharistie, c’est pour certains espérer la vie de divine, pour moi c’est avant tout vivre de Sa VIE dans l’ordinaire des jours. Si Dieu nous donne la VIE, c’est pour que nous fassions de même à notre tour parce qu’habité par Lui. Certes le Christ par son incarnation est parvenu à entrer en totale communion avec cette terre en chacune de ses parties visibles et invisibles. Pour chacune d’elles, il a tout fait pour qu’elle soit et reste en harmonie. Sa priorité fut de travailler à cet invisible qui source notre réalité visible et qu’il savait encombrée par des parasites destructeurs tels les démons ou les mauvais esprits. Aussi sa mission peut se finaliser par ses mots : transmettre une connaissance de soi et du monde afin de travailler sans relâche à cette création, de tout faire pour recréer les conditions favorables au vivant, de libérer le monde en le dégageant de son esprit malfaisant avec sa horde de démons qui cherchent continuellement à le détruire. Cet esprit s’appelle le mal et son représentant n’est autre que le diable. Ce dernier voue pour le monde une haine incommensurable et ce tout simplement parce qu’il restera à jamais quoi qu’il fasse de l’ordre de la création divine.

Lorsqu’une âme incarnée entre dans cette Conscience, comme cela le fut pour le Christ, et que désormais vit en elle : la Transcendance, alors elle peut la découvrir aussi en toute chose et en tout être, parfois à l’état de germe et plus souvent chez les humains, un germe souffrant de maltraitance. En assumant cette Transcendance déployée en vous, vous réaliserez que votre corps s’étend petit à petit jusqu’à la dimension même de ce monde. Dans le pain, un arbre, un paysage, un animal, un insecte ou dans tel ou tel homme vous ne pourrez pas vous en dissocier, ou vous en sentir séparé… Cette extension connectique de vous-même en toute chose et en tout être, vous amènera que vous le vouliez ou non, à le vivre en un corps souffrant, disharmonieux encore et toujours défiguré par le mal car telle est notre réalité lorsque nous avons véritablement recouvré la vue et l’ouïe. Plus l’écart entre le Transcendant et moi-même se réduit, plus mon ouverture au monde devient consciente. Et c’est ici que se joue mon propre rôle en tant qu’être habité par le Transcendant au point de ne plus faire qu’un avec Lui. Ma mission devient celle-ci : sauver la conscience des hommes du malin. Cet acte ne sera jamais réalisé une fois pour toute, chaque jour tant que les hommes ne se seront pas éveillés à eux-mêmes le travail restera à faire. C’est ce que le Christ a enseigné et demandé à ses disciples de pratiquer : chasser les démons (le monde des esprits), et guérir les malades (la sphère du corps).

Si cette mission avait été prolongée après le départ du Christ, nous n’en serions pas dans cet état de détresse mondiale si pitoyable. Oui, le Christ nous a sauvé en son temps mais le travail restait à faire par tous mais voilà cette dynamique de salut dans laquelle nous avions à nous inscrire nous l’avons abandonnée depuis bien des siècles. Aller à la suite du Christ, entrer dans la vie christique, c’est entendre l’appel pour chacun de nous à continuer son œuvre laquelle va bien au-delà d’une simple croyance religieuse tout aussi pieuse soit-elle. Aller à la suite du christ, c’est de tout son être s’engager à tout faire pour refuser toute compromission avec le mal, mais pour cela encore faut-il pouvoir l’identifier, le débusquer et l’éliminer. Si seulement nous pouvions réaliser combien venue consistait en ceci : éveiller notre conscience à nous-même et conséquemment au monde. Jésus est venu simplement nous montrer comment nous pouvions à notre tour le vivre et le mettre en acte en ce monde pour que les ténèbres puissent disparaître de cette terre : chasser les démons qui causent des troubles dans le monde de la conscience, et guérir les malades, ceux qui sont en rupture avec leur corps de par l’œuvre du mal…, en d’autres termes faire reculer le mal qui assaille, leurre, et emprisonne les hommes corps et esprits dans une fausse vision d’eux-mêmes, ou encore dans de fausses croyances. Mais deux mille ans après la venue du Christ, nous sommes toujours endormis plus que jamais. La destruction de ce monde est plus que jamais inquiétante. Qu’avons-nous fait ? Rien, et pendant tout ce temps le mal a gagné de plus en plus  de l’emprise sur ce monde.

Alors que pouvons-nous faire, allez-vous me dire ?

Voici une clef qui nous vient du Christ mort et ressuscité, et qui peut aller jusqu’à ouvrir les portes des enfers, elle s’appelle : le partage eucharistique. En redécouvrant en votre existence ce qu’est l’Eucharistie et en la vivant jusqu’à la partie la plus infime de vous-même vous comprendrez qu’elle est un remède au manque de Vie en ce monde et cela non seulement pour vous-même mais aussi pour le monde par indissociabilité. Aussi chaque jour, vous êtes tous appelés à La vivre en votre corps jusqu’à la fin des temps. En célébrant l’eucharistie en vérité, vous contribuerez à la réémergence des consciences.

Lorsque vous serez en conscience vous établirez une sorte de résonance qui s’étendra sur toute cette terre à la mesure de votre faim et soif de la VIE. Celle-ci aura pour particularité d’entrainer à sa suite, par syntonie, toutes les consciences encore endormies par les artifices et les mensonges du tentateur. Célébrer l’eucharistie en Vérité, c’est revivre en son corps cette alliance indéfectible qui existe entre vous et Dieu, cette alliance qui vous rend acteur du salut de ce monde. Vous découvrirez alors que vous vous êtes prêtre capable de prendre distance avec toutes les religions, que vous êtes prophète capable de discerner en ce monde l’esprit du mensonge et que vous êtes roi non sur le plan physique mais sur celui de l’invisible, un roi capable d’y travailler sans relâche pour y remettre de l’harmonie conscient que cela aura une incidence sur ce plan visible.

Maintenant  regardons un peu plus près sur ce que dit le Christ à propos du pain et du vin lors d’une eucharistie, à quoi sommes-nous renvoyés dans la célébration de ce mystère ? La nuit même où Jésus fut livré, il prit le pain, et en rendant grâce il le bénit, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, et mangez-en tous : ceci est mon corps livré pour vous. »

Tout d’abord, le christ rompt le pain, et le donne à chacun des disciples. Aussi sur ce pain rompu, partagé autrement dit encore dispersé il prononcera cette parole : « Prenez et mangez en tous, ceci est mon corps livré pour vous. » Alors qu’est-ce à dire ? Pourquoi un corps rompu, dispersé, partagé ? Où se trouvent dès lors les limites de son corps ?

Celui qui se donne pleinement, et sans détour, à la vie de ce monde visible et invisible, ne trouve plus de distance ou de séparation entre lui et le monde, tout ce que vous faites a une incidence quelque part sur votre corps. Rompre, et partager le pain, c’est dire que votre existence est vouée au dévorement, vous mangez le monde mais lui aussi peut vous dévorer, ainsi la façon dont vous mangez témoigne de la qualité de votre respect du monde. La qualité des biens alimentaires que vous acceptez de manger, ces aliments qui apportent plus la maladie que la santé, témoignent de votre irrespect de vous-même et conséquemment de Dieu en acceptant que sa création soit bafouée de la sorte. Dans l’eucharistie, le Christ nous dit que sa vie n’est plus sa vie, elle devient la Vie. Ainsi conscient de ce mystère quand vous mangerez du pain, vous serez dans le respect de vous-même, et vous aurez par rapport à cette création, une attitude totalement autre. Si vous êtes en accord avec ce que vous êtes, nul d’autre choix ne pourra s’offrir à vous que celui de la libérer, de la soigner, de lui offrir un espace de salut. Vous découvrirez par un discernement aiguisé où se trouve les véritables maltraitants, voleurs ou empoisonneurs… et vous mettrez tout en œuvre pour que les forces du mal qui les lient ne soient plus. Oui, votre corps sera livré au monde mais cela le sera pour qu’il soit transformé, transcendé, et transfiguré car vous vous en découvrirez à jamais 100 % responsable. Cette perception va bien au-delà de notre vision individualiste. En vivant dans un corps qui s’étend à la dimension de cette planète vous n’accepterez plus que l’inconscience du monde le détruise. A moins que vous restiez gentiment de son côté sans nullement vous en inquiéter totalement passif.

Ce pain que le Christ mange et partage avec ses frères est réellement son corps offert et livré pour tous, et si ce corps est encore pollué, maltraité, détruit, abusé, ou approprié à tort, il mettra tout en œuvre pour le délivrer, le libérer coûte que coûte des forces du mal. Ainsi sa vie entière devient offrande, don à ce corps pour qu’il soit de plus en plus beau, de plus en plus juste dans cette alliance toujours nouvelle avec le Transcendant. Tel est ce sens de ce partage du pain. Oui tout comme en ce pain, repose aussi le souffle de Dieu, Jésus en a la totale conscience pour cette terre. Quand vous pouvez réaliser cela, votre action de grâce sur le pain ne restera pas sans suite. Et de la façon dont vous mangerez sur cette terre, vous révèlerez votre façon de vivre au monde, votre appartenance à la vie ou à la mort. Aussi, lors de votre prochain  repas eucharistique, ayez à cœur de d’accepter de dire que ce pain soit aussi votre corps, et qu’en lui réside la VIE, alors en Conscience vous pourrez laisser votre âme offrir à Dieu à son tour : l’action de grâce. Mais cette démarche repose sur une unique condition celle d’avoir conscience de quel bord vous êtes. Celui du Vivant ou celui du destructeur. Si, par exemple, la maltraitance de notre écosystème ne vous dérange pas plus que cela, alors vous n’êtes pas à même de faire action de grâce en vérité pour cette vie que Dieu vous donne et dont vous êtes responsable. Si cela ne vous dérange pas plus, c’est que vous êtes encore dans le monde des morts. Ceux pour lesquels le Christ disait : « laisse les morts enterrer les morts ! ».

Si vous êtes du côté du Vivant ce pain deviendra par l’Esprit de Vie autre, autre comme vous même vous l’êtes devenu pour la gloire du Très Haut. En sortant de ce repas, vous serez différent, votre vision du monde se devra chaque fois d’être toute nouvelle, et vous ne pourrez plus accepter plus en votre existence toujours les mêmes compromissions inconscientes par rapport à la vie de cette terre. Alors sur ce pain qui est non seulement corps visible et invisible, mais aussi âme et esprit, à la suite du Christ, vous ne ferez que reconnaître en celui-ci le grand mystère de la VIE, celle qui se donne et déploie en toute chose jusqu’à en appeler la Transcendance. Oui, toute la création est dans cette attente, et elle est en manque de celle-ci. Ainsi ce corps de défiguré, maltraité qu’il est, deviendra dans la Conscience un corps en voie de transfiguration, une création nouvelle incessante. Oui toute la création est en attente parce qu’elle se sait appelée, elle aussi à la transfiguration, mais quoi qu’il en soit pour l’instant, rien de tout cela, et la VIE s’en trouve grandement attristée  !…

Mais comment procéder à la transformation du corps ? Faut-il prendre les armes pour faire une révolution contre ce monde de malfaisance ? Non, la réponse se trouve dans la deuxième partie du repas où nous quittons la sphère du corps pour entrer dans celle de l’esprit. C’est le lieu du conscient et de l’inconscient, par lui d’un côté se libèrent les vies de l’autre elles se formatent. L’inconscient est le lieu de forces qui nous dépassent et nous manipulent, celui qui est conscient peut les effacer, les supprimer et rendre à l’homme sa véritable autonomie.

Mais venons-en à ce que dit et fit le christ lors de ce dernier repas. De même, à la fin du repas, il prit la coupe et en rendant grâce il la bénit, et la donna à ses disciples, en disant : « Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi. »

Après le corps, vient la célébration du vin, celle-ci est associée au sang, symbole de l’Esprit. La bénédiction du vin concerne la sphère de l’esprit de chaque chose, de chaque être. Pour ce qui est de l’humain, il est principalement vécu sous forme d’inconscience. Vous êtes la résultante de la volonté de qui ? Etes-vous sous l’influence du diable, le père du mensonge ? Votre esprit ne sera jamais véritablement le vôtre, tant qu’il sera mû par ce dernier. Votre quête consistera en ceci : trouver votre esprit, le mettre hors influence du mal puis le soumettre à votre âme, alors dans un mouvement d’abaissement vous parviendrez à le rendre à Dieu, et dans un mouvement d’élévation vous recevrez le sien. Si votre histoire de vie s’origine seulement dans celle des autres, pendant tout ce temps, la vôtre n’a pas encore d’existence propre. L’animal, ou le végétal sont dans cette conscience, leur esprit est parfaitement accordé à la création, ils n’ont pas de volonté de dominer, d’accaparer le monde, de se comparer. Ainsi en devrait-il être de même pour votre incarnation. Alors qui êtes-vous ? Qui vous a façonné ? Qui en est l’auteur ? Si celle-ci s’origine en Dieu alors elle sera sans histoire…. Sinon la matrice de l’histoire vous construira un merveilleux tombeau sur lequel des larmes de crocodiles seront versées en vain.

Celui qui est Conscient de ce qu’il Est, reçoit un esprit différent de l’ancien, en lui cette prophétie se réalise « Je changerai votre cœur de pierre en cœur de chair, je mettrai en vous un esprit nouveau ». Si le vin est associé au sang, symbole de l’Esprit de Vie, alors oui, à cœur nouveau sang nouveau. L’Homme Conscient devient capable de restaurer l’Esprit de l’alliance entre ciel et terre, entre le visible et l’invisible parce qu’il s’en reconnaît 100% dépositaire, solidaire et responsable. Oui, celui qui travaille de tout son être, au corps et à l’esprit de cette terre, reçoit cette incroyable force salvatrice de faire reculer les forces qui au niveau de l’inconscience des hommes les manipulent, ici traduit par le terme de péché. Par ce terme, il faut entendre cette force qui lie les hommes, les détournant de leur but, celle d’être la VIE pour ce monde. Quoi qu’il en soit, concrètement tous nos faits et gestes en traduisent malheureusement l’inverse. Prédateurs, destructeurs, empoisonneurs… voilà ce que  nous sommes la plupart du temps pour ceux tout autour de nous, et pour la création toute entière. Inconscient de notre place à tenir, mus par les forces du mal notre cœur s’endurcit chaque jour un peu plus pour finalement devenir insensibles comme la pierre. Oui, alors vous ferez, cela en mémoire de moi, parce que « Je Suis », sans compromission, ni mensonge ou inconscience, sans autre mémoire que celle-ci : Dieu est la VIE et il est hors mémoire.

Si l’acte mémoriel tue et enferme dans la crypte du temps, le Christ est venu nous enseigner comment sortir de celle-ci. Voici ce qu’est donc l’anamnèse (« sortir de l’oubli, sortir de cette perte de mémoire ») du mystère, c’est-à-dire que son ultime faire mémoire, fait échec à toutes les autre logiques mémorielle destructrices, celui de rendre la VIE à la vie sans y laisser aucune trace cryptique derrière soi. Et c’est en cela que réside toute la difficulté d’une vie christique à l’instar d’une vie cryptique. Passer de l’ancien à l’éternellement nouveau, comment est-ce possible ? Si ce n’est qu’en ayant pris soin d’effacer derrière soi les traces de son passé, ces traces que les démons affectionnent tant pour nous formater, nous conditionner, nous détourner de la voie de la Vérité

Puisque je viens de vous introduire au concept de crypte, je tiens à vous éclairer à ce propos à partir du Christ. Le jour de Pâques, il sort du tombeau, symbole du monde des mémoires ou de l’inconscient. Je rappelle ici que la racine du mot tombeau « mnemeion » en grec est directement reliée à celui de la mémoire. Le tombeau étant cette ultime mémoire laissée à propos d’un défunt, un lieu où il devient possible d’aller en quelque sorte de le retrouver, d’aller sur sa trace. Christ mort, par l’entremise d’un de ses amis sera mis dans un tombeau neuf lequel aurait pu faire le lit d’une nouvelle mémoire à venir et qui aurait pu donner lieu à la naissance d’un lieu de pèlerinage par exemple. Mais Christ, par sa résurrection déliera cette ultime mémoire, celle du tombeau, et il  attestera par là même qu’il n’a jamais appartenu plus à ce monde mémoriel agissant et que ce dernier est un danger dont il faut se prémunir coûte que coûte ou plus exactement qu’il faut savoir gérer avec grand discernement.

Si le Christ de son vivant, en appelant un homme à sa suite, alors que ce dernier voulait enterrer son père, disait à ce dernier : « laisse les morts enterrer les morts », lui devenu mort aux yeux des hommes il nous a montré qu’il était  le Vivant depuis toujours et sa Résurrection en témoigne plus que jamais. La Vie du Christ, fut un incessant combat contre les forces du mal à l’oeuvre sur cette terre qui altèrent, dénaturent la Vie. Ces forces qui sont cryptées en nous et tout autour de nous, ce sont des puissances qui ont pris vie en notre existence sans que nous en soyons conscient, sous forme d’intelligences mémorielles parasites appelées encore autrefois sous une autre dénomination : esprit maléfiques, démons… et son combat au Christ ne fut pas vain alors ne faisons qu’il le devienne.

Regardons maintenant quel mécanisme se met à l’œuvre dès l’instant où le Christ apparaît aux siens au jour de Sa Résurrection. En le voyant Marie Madeleine est incapable de le reconnaître tout au plus elle le prend pour le jardinier, cette incapacité à le reconnaître restera une constante de tous les récits de ses apparitions futures. Lorsqu’elle l’aura reconnu sur l’appel de son nom : « Marie », celle-ci voudra le toucher, et il lui de lui dire : « Ne me touche pas ! », c’est-à-dire ne nous recrée pas des mémoires agissantes sous-entendu qu’il faut savoir se libérer de tout attachement parce que là se trouve un des lieux d’engendrement d’intelligence mémorielle parasite. Dans le cas de Marie Madeleine, aussi incroyable soit-elle par cette rencontre, le Christ lui enseigne par là-même qu’il faut savoir se dégager de toute intelligence mémorielle, et que même un événement merveilleux pourrait devenir sacrément parasitant pour une vie. Alors s’il est sorti de ce monde avec ses forces mémorielles paralysantes et obligeantes (positives et négatives), il montrera comment nous en dégager pour le faire à notre tour.

Chaque fois, dans les récits de la Résurrection, c’est lui-même qui se donne de le reconnaître comme cela le fut avec les pèlerins d’Emmaüs. Chaque fois, ils reconnurent le Christ à la fraction du pain, lors d’un repas mais sitôt reconnu il disparaissait à leur yeux. Le seul signe par lequel il se faisait reconnaître, c’était celui d’un repas. Avec le Christ, la libération mémorielle est telle, que face à lui la création est toujours là dans une incessante nouveauté s’abstenant constamment de faire et de s’attacher à l’ancien. Alors voilà pourquoi nul ne peut le reconnaître, hors mis celui à qui le Christ veut bien se révéler, mais sitôt reconnu il va disparaître pour vous renvoyer à notre éternelle nouveauté. Rappelez-vous ceci : Dieu est la Vie et il est hors mémoire.

Quand vous Serez avec le Christ, ayant intégré ce paradigme, ne soyez pas surpris de ce que vous soyez, vous aussi, dans une certaine non reconnaissance de la part de vos proches, et que parfois même, vous puissiez y ressentir le rejet.

Alors comme cela le fut tout au long de sa vie, remettant en cause les systèmes établis religieux ou non, et  tout comme lors de sa passion, sa quête, son combat et sa constante victoire consistait en ceci : mettre en échec le mal ce qu’il était seul capable d’accomplir. Déjà Vivant avant la Passion-Résurrection nul ne pouvait lui enlever cet état de fait. Si la souffrance se devait d’être endurée, elle était là pour nous redire avec plus de force encore ce qu’est la Vie Véritable. Au-delà des pires atrocités commises à son encontre, nul n’est Victorieux hors mis le Vivant.

Ce n’est pas sa souffrance sur la croix qui sauve, c’est seulement le fait qu’il soit Vivant déjà ici-bas bien avant sa mort et sa résurrection et qui lui donne ce pouvoir d’entrer dans l’invisible avec cette force salvatrice inouïe non sans retombées pour ce monde visible.

Dans la croix, s’il n’y a rien de salvateur, rien au sens sacrificiel du terme. D’un Christ qui se donne comme pour nous racheter, d’un prix à payer à Dieu. Sur la Croix le Christ  ne fait que manifester au monde qu’il fait Corps avec lui  et que son Esprit coule en lui de par sa véritable nature d’Être accompli. Crucifié, il atteste de ce grand pouvoir que reçoit l’Âme unie à Dieu : les morts reviennent à la vie, ils sortent des tombeaux, et ceux qui sont retenus captifs dans les liens de la mort sont libérés des enfers.

S’il y a résurrection, elle est là pour attester qu’il est possible de délier, déjà dès ici-bas tous ces liens qui avilissent ce monde, et elle est là pour nous enseigner qu’il faut se garder de recréer de nouveaux enfers mémoriels. La mémoire est un lien puissant qui détruit plus qu’elle n’apporte la vie, elle enferme dans le passé, capture les âmes et les esprits. Alors si nous célébrons à travers le pain et le vin, le Corps et le sang du Christ (son Esprit), il est une absente son Âme mais alors où est-elle donc ? N’est-elle pas justement celle qui peut offrir l’action de grâce en toute justesse parce qu’en elle repose la Transcendance en toute Conscience. Qui mieux que quiconque, l’Âme unie au Christ, peut célébrer l’action de grâce avec justesse et magnificence dans un : Je Suis si ce n’est par notre Âme toute emplie de Dieu ! Alors la vie Christique, c’est cette incessante descente dans le monde de la vie cryptique, celle des mémoires agissantes et mortifères. En Christ, l’alpha se trouve immédiatement relié à l’oméga, parce qu’entre les deux repose l’absence de mémoire qui relie toujours à un certain passé et programme déjà un certain futur.

Christ, alpha et oméga, atteste de ce qu’est  l’Instant présent par excellence, et qui ne peut s’originer que dans l’Inconnu, le non écrit, le non prédictible parce que par essence hors puissance mémorielle passé, future ou présente. Ainsi entre vie Christique ou cryptique, aucun compromis n’est possible. Alors vous voulez savoir à quel bord vous appartenez. Tout d’abord votre façon de manger et de boire, de vivre votre corps et votre esprit dira le cryptique ou le christique que vous êtes. En Christ, les distinctions de pur et d’impur, de riche ou de pauvre ne sont plus du tout admissibles, mais elles sont tolérées, entretenues et véhiculées par les cryptiques. De son vivant jésus guérissait jour du sabbat ou non, allait et côtoyait ceux que l’on rejetait : les mal croyants, les malades, les lépreux, les prostituées ou encore les ivrognes … pourquoi parce qu’il regardait ces êtres en souffrances comme la conséquence d’un système diabolique mis en place. Diabolique au sens que ce système cherche à éloigner constamment les hommes de ce qu’ils sont en vérité. Il dénonçait aussi constamment les dangers de la richesse allant jusqu’à chasser les vendeurs du temple qui faisait commerce de l’argent trompeur….

En Christ, plus rien de cela ne peut exister. Le système de fonctionnement de ce monde instauré à partir de forces d’enfermement, de distinction qualitative doit être éliminé, combattu spirituellement sur le plan de l’invisible. Avec LUI seule prime la VIE, et la VIE pour tous. Une VIE où tant que les exclus, les pauvres, les esclaves ou les malades existent, c’est que le mal est encore à l’œuvre en ce monde.

Si vous acceptez tout bonnement ce monde tel qu’il est ne faisant rien, ou concédant de temps à autre quelques bonnes œuvres ci et là pour vous donner bonne conscience ou parce que l’usage vous le dicte  alors je vous appelle à sortir de toute urgence de vos tombes, quittez ces cryptes infernales dans lesquelles malheureusement vous paraissez vous complaire.

Qu’advienne le temps de votre offrande véritable à Dieu. Et qu’enfin l’éternelle nouveauté de Dieu soit, à travers ce mouvement eucharistique qui désormais sera devenu vôtre au plus intime de vous-même, au plus intime de Dieu.

Qu’advienne enfin la Nouvelle Création !